Maison passive | Retour sur les 3e assises nationales de la construction passive – III

Retour sur les 3e assises nationales de la construction passive – III

by - 11 octobre 2009 

Encore quelques lignes rétrospectives avant de vous parler à l’occasion d’un futur billet des prochaines actualités.

maison passive fenêtre_maçonnerieAlors que j’étais interrogé par une jeune architecte enthousiaste sur quelle technique utiliser pour le montage des fenêtres pour maison passive sur maçonnerie, M. André de la menuiserie du même nom, illustrait mes propos quelques minutes plus tard lors de sa conférence. De fait, la manière correcte pour poser des menuiseries sur des murs maçonnés s’avère encore méconnue en France, sans doute en raison d’un manque cruel de culture de l’isolation thermique par l’extérieur. Il s’agit donc d’une pose en applique au nu extérieur, grâce à des équerres métalliques. Ainsi, la fenêtre en saillie, permet un positionnement adéquat de l’isolation extérieure sur tout son pourtour. Elle se retrouve dans l’isolant, ce qui minimise grandement le pont thermique de l’huisserie.

Important sur le plan symbolique, un petit cérémonial s’est tenu pour remettre à une entreprise dont il a été plusieurs fois questions sur ce blog, celle de Richard Lefebvre, Les Airelles. C’est ainsi que le Prof. Dr. Feist a délivré le tout premier certificat du Passivhaus Institut à une construction en France. Un succès pour elle et pour le bureau d’études thermique partenaire, solaresbauen.

Sur un plan plus politique, il faut souligner la démarche volontaire de la municipalité de Cruseilles, en Haute-Savoie, pour s’être dotée d’un texte à caractère réglementaire imposant les critères de l’habitat passif pour les bâtiments publics à réaliser sur son sol. Une première en France à saluer et à imiter.

Fiabitat

Sauf à nier la physique, on ne parviendra pas à réduire suffisamment la facture énergétique des bâtiments, de plus en plus salée, et les émissions de gaz à effet de serre d’un facteur 7 à 9 si l’on tient compte de l’évolution probable de la population et de la croissance plausible du PIB mondial d’ici 2050, sans l’adoption massive de l’habitat passif. C’est un réel sujet de débat et d’accord que j’ai eu avec de multiples personnes dont les fondateurs de Fiabitat qui argumentent longuement leur point de vue sur la basse énergie « à la française ».

On ne peut qu’éprouver un sentiment étrange, même si Jean-Christophe Visier du C.S.T.B. se dit ouvert au débat, d’une volonté de passage en force du label BBC Effinergie® auprès des professionnels. Personnellement, celui-ci, né trop tard et dépassé, m’apparaît plutôt comme un enjeu de valorisation de ses promoteurs auprès des ministères ou des politiques. Mais de droit, ce label franco-français est le seul à figurer dans la loi nationale, s’impose pour obtenir quelques avantages fiscaux (intérêts d’emprunts déductibles) et me semble par ailleurs ériger une sorte de protectionnisme à l’encontre des fabricants étrangers voire d’entorse à la concurrence sur le marché européen. La réglementation thermique RT2005 sur laquelle il s’appuie exige en effet une régulation des températures pièce par pièce, pour laquelle seul quelque fabricant français est agréé. Cette même réglementation envisage une dérogation via une procédure (Commission Titre V) considérée par beaucoup d’acteurs présents à ces assises, comme une belle usine à gaz.

Bref, il va falloir réagir collectivement pour demander et obtenir une inscription de l’habitat passif dans la loi.

Optiwin Menuiserie André

Hors les assises, côté salon, des exposants comme Menuiserie André ou Énergie positive, étaient une nouvelle fois fidèles au rendez-vous isérois. La firme Isover était également présente mais n’offrait hélas pas à ses visiteurs, ses brochures dédiées à l’habitat passif via sa marque Multi-Confort®. Dommage car cette entreprise a judicieusement repris à son compte les recommandations du projet Passive-On pour les climats chauds européens, dans une brochure, curieusement en anglais seulement, que vous pourrez télécharger ici. Toutefois, j’ai été en mesure d’évoquer ce problème et les commerciaux ont promis d’y remédier pour les prochains salons.

Commentaires

4 Comments »

  1. Irisyak -  12 octobre 2009 7:10

    Je serais intéressé de savoir si les isolants multicouches ont leur place dans l’habitat passif.

    Il y a une querelle entre ces fabriquants et les fournisseurs de laines végétales et minérales. Ce sont des isolants qui ne fonctionnent pas de la même manière. Les multicouches ont l’avantage au niveau du rayonnement réfléchi et de la convection et les « laines » au niveau de la conduction.

    Quelle serait la bonne conclusion à cette querelle?

  2. Dom -  12 octobre 2009 8:01

    Il est évident que la norme habitat passif devrait impérativement être la nouvelle norme, et les pouvoirs publics (si le Grenelle de l’environnement n’a pas été une mascarade) devraient montrer l’exemple, avec leur capacité d’investissement et théoriquement leur vision à long terme… Toutefois nous en sommes très loin, en voici un exemple près de chez moi : on vient d’inaugurer une nouvelle prison près de Poitiers (il y a d’ailleurs eu des émeutes liées à cela ce week-end). Le bâtiment (construit par un opérateur privé) semble être tout en béton, et pour le chauffage on a creusé environ 20 km de tranchées pour faire venir une grosse canalisation de gaz naturel depuis Poitiers… On imagine le gouffre financier actuel, et sur 50 ans… Si ça c’est pas de la belle vision à long terme qui donne l’exemple…

  3. Pascal -  13 octobre 2009 10:33

    à Irisyak : concernant les « isolants » minces réflecteurs IMR, mon point de vue est le suivant: j’y suis totalement irréductiblement parfaitement définitivement archi-défavorable.

    Plusieurs raisons :

    – ces « isolants » ne peuvent atteindre les exigences minimales réglementaires en matière d’isolation. Ce ne sont donc pas des isolants véritables. Le terme isolant ne peut leur être appliqué. Il n’existe d’ailleurs ni certification ACERMi ni possibilité de crédit d’impôt. Voyez par ailleurs le communiqué du C.S.T.B. ;
    – le recyclage de ces films paraît impossible ;
    – ces produits n’assurent aucune inertie thermique favorable au déphasage ;
    – leurs performances acoustiques paraissent bien bien faibles ;
    – si la conductivité thermique s’affiche comme acceptable, du fait de leurs faibles épaisseurs, la résistance thermique en résultant, ce qui nous intéresse, s’avère très très insuffisante ;
    – de surcroît, leur pose classique (agrafe) me semble empêcher de facto toute possibilité d’étanchéité à l’air sauf déploiement d’une exécution parfaite qui est selon moi incompatible avec la finalité de ces produits ;
    – à ma connaissance, il n’existe aucun projet très basse ou même basse consommation qui fait appel à ce type de produit.

    Bref, un produit purement et simplement marketing qui charrie du rêve à coup d’arguments supposés technologiques.

    Pour la charpente, préférer la pose d’une véritable isolation en sarking ou toute autre méthode ayant fait ses preuves avec des isolants véritables.

    Donc pour vous répondre, non, il n’y a pas de place, je veux dire strictement aucune, pour ce type de produit pour l’habitat passif.

    En revanche, les VIP (isolants en panneaux sous vide) ont un bel avenir.

  4. Gratia Jean-Marie -  21 décembre 2009 7:51

    Bonjour,

    Farouchement défenseur de l’habitat passif, j’ai eu l’occasion de rencontrer M. André et d’aborder ce sujet.

    Je suis sorti de ces entretiens encore plus motivé pour mon projet de construction passive au sud de Caen. Suite à un colloque sur le bois en 2007 à Bayeux, il est inadmissible que le représentant du CSTB annonce : « nous avons 400 ans de travail devant nous au sujet des certifications ».

    Je comprends le retard que notre pays peut avoir par rapport à ses voisins directs en matière de construction. Certains entrepreneurs font beaucoup d’efforts comme Richard Lefebvre.

    Formateur dans la construction bois et menuiserie, je suis un effaré par le travail de certaines entreprises qui vont casser ou cassent le mythe de la maison bois par leur incompétence professionnelle (laine de verre à champ dans les planchers, pas de pare vapeur, pas d’adhésif pour relier les lés d’isolants…). Tout cela au nom de la rentabilité ?

    Dès qu’un marché est porteur en France, un grand nombre s’engouffrent dans la brèche et fait n’importe quoi.

    Un exemple: la géothermie, en Basse-Normandie, 500 litiges non résolus !!!
    A méditer.

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