Maison passive | Habitat passif, éco-construction et énergie positive

Habitat passif, éco-construction et énergie positive

by - 8 juillet 2008 

façade maisonJe reçois beaucoup de courriels qui, je pense, méritent quelques précisions, notamment sur la sélection des matériaux. Il faut bien avoir à l’esprit que maison passive ne signifie pas nécessairement maison éco-construite ou construite avec des matériaux sains.

Pour autant, la maison passive est particulièrement écologique dans la mesure où elle se situe sur une perspective plus globale : l’énergie et le CO2.

Si l’éco-construction est louable, il s’avère qu’elle n’est pas suffisante sur le plan qui nous intéresse, à savoir : consommer le moins possible d’énergie, émettre le moins de CO2 à un coût acceptable. Le concept de maison passive ne doit pas être réservé aux seules personnes en mesure de recourir financièrement à des éco-matériaux. Il s’agit avant tout d’un concept majeur destiné à éviter à tous la catastrophe environnementale et climatique et qui, en dépit de son appellation « maison », s’applique tant aux bâtiments collectifs, qu’individuels ou tertiaires et devrait être, à mon sens, la norme pour l’habitat social.

éco-constructionAussi, dans un premier élan, l’habitat passif peut sembler moins séduisant que l’éco-construction pour les candidats bâtisseurs qui ont le soucis sincère d’un moindre impact sur l’environnement et souvent aussi, celui d’exclusivité ou de l’image qu’ils souhaitent renvoyer à leurs contemporains.

Mais je crois qu’après réflexion, dans un second mouvement, le concept de maison passive manifeste tout son intérêt. De fait, c’est l’efficacité énergétique qui est l’axe principal d’un bâtiment passif et qui maximise ainsi son (faible) impact environnemental. Le but poursuivi tend à éviter la surconsommation d’énergie fossile et électrique sur la durée de vie du bâtiment. Si dans le même temps, l’on fait appel à des éco-matériaux, c’est bien sûr préférable, voire idéal. Toutefois, cela ne constitue pas un critère de la maison passive car il ne s’agit pas du levier d’action le plus efficace au plan global.

En France, on s’est longtemps focalisé sur les matériaux écologiques et leurs énergies grises avant que d’appréhender la totalité des énergies nécessaires à un bâtiment au cours de son exploitation.

Or, dans tous les cas, la consommation d’énergie d’un bâtiment standard sur sa durée de vie dépasse toujours, et de très loin, l’énergie nécessaire à sa construction.

S’agissant d’une maison passive qui, par définition, consomme très peu, à supposer qu’elle soit bâtie avec des matériaux courants et quelque peu énergivores (béton, polystyrène), sa consommation sur une période de 80  ans reste encore plus importante que l’énergie nécessaire à sa construction (de l’ordre d’un facteur 3).

Alors que dire d’une maison, fût-elle éco-construite, à un standard autre que passif. Même si l’énergie grise des matériaux est amoindrie, la consommation d’énergie et donc sa production de CO2 sera très importante quand bien même on aura apporté le meilleur soin dans le choix des matériaux.

bilan

Dès lors le levier d’action le plus efficace sur l’environnement, c’est la diminution de la consommation d’énergie (chauffage /eau chaude /rafraîchissement). Aussi, en réduisant de manière drastique la consommation d’énergie, en rendant accessible financièrement la technologie le permettant, on peut imaginer pouvoir sortir de l’ornière du réchauffement climatique.

Mais il faut faire vite. Pour l’heure, seul le Vorarlberg en Autriche, a rendu obligatoire la construction de tous les bâtiments publics au standard habitat passif depuis les 1er janvier 2007. Et si plus de 5% des bâtiments privés neufs sont construits selon cette norme en Autriche aujourd’hui, la diffusion du concept libre et ouvert qu’est le standard maison passive n’avance pas aussi vite qu’espéré initialement, particulièrement en France où, plutôt que de suivre l’Europe et l’expérience acquise, on préfère réinventer la roue.

Vous avez donc chers lecteurs, la possibilité de le faire savoir en expliquant autour de vous que notre problème environnemental est aussi et surtout un phénomène occidental de surconsommation indécente d’énergie.

Enfin, j’ai constaté que beaucoup d’articles fleurissent sur le bâtiment à énergie positive. C’est souvent un leurre de croire qu’il s’agit de la bonne solution. Ainsi un hangar de supermarché peut-il être un bâtiment à énergie positive en produisant annuellement plus d’énergie qu’il n’en consomme. Mais rien n’impose que son efficacité énergétique soit bonne. Dans le même esprit, une maison a énergie positive pourrait être une passoire thermique couverte de capteurs. Ce serait un non-sens.
supermarché à énergie positive

Rappelons-nous que l’énergie la plus propre, la plus économique, la moins productrice de CO2 est celle que l’on ne consomme pas. C’est la raison pour laquelle, un bâtiment à énergie positive devrait être d’abord un bâtiment passif avant que l’on ne vienne greffer sur son toit des capteurs.

Le bon sens postule donc les priorités suivantes :

  1. le choix d’un habitat passif, collectif ou individuel ;
  2. à proximité de son lieu de travail, des transports publics, de pistes cyclables ;
  3. si envisageable financièrement, construit à l’aide de matériaux à faible énergie grise ;
  4. et in fine, doté de capteurs photovoltaïques.

Bonnes vacances.

Commentaires

10 Comments »

  1. le bail -  11 juillet 2008 10:41

    Entièrement d’accord avec vous ! c’est une question de bon sens.

  2. Pascal -  25 juillet 2008 15:45

    Je suis satisfait de constater que vous approuvez 😉

    Je craignais quelques réactions très négatives. En réalité, depuis la création de ce blog, il m’est arrivé de recevoir un seul email particulièrement désobligeant.

    Si les matériaux écologiques demeurent très recommandables (personnellement, je suis admiratif dans la façon qu’ont nos amis autrichiens de réaliser des maisons passives en recourant à de la paille comme isolant), à l’échelle globale, c’est davantage un problème d’énergie et d’émanation de CO2 qui est posé.

    D’où, la nécessité de construire passif, dense et à proximité des lieux d’activités ou de transports en commun.

    Bonne journée.

  3. Armand -  26 juillet 2008 17:44

    Un très bon article, que j’approuve des 2 mains et des 2 pieds !

    On se focalise trop souvent sur la construction HQE et « durable », en oubliant le principal, la consommation d’énergie. On ne devrait avoir le droit de parler d’éco-matériaux ou de développement durable seulement qu’après avoir réglé le problème de la consommation d’énergie, sinon, on brasse beaucoup de vent mais on ne fait en réalité pas grand chose pour l’environnement.

    Il ne sert à rien de faire du « développement durable » dans un monde qu’on empoisonne au CO2, car dans ce cas il n’y aura bientôt plus personne pour en profiter.

  4. Hervé_BOIVIN -  28 juillet 2008 14:23

    Bravo !

    J’ajouterais que la RT2005 pourrait avoir un critère « production en équivalent CO2/m² SHAB » puisque c’est LE facteur sur lequel il faut agir pour lutter contre le réchauffement climatique.

    Le DPE indique la valeur de ce paramètre, mais il n’a rien de contraignant…

  5. PONS YVON -  2 août 2008 16:05

    Très bons articles et critiques judicieuses, mais les aides sont minimes pour les coûts supplémentaires que génèrent la mise en oeuvre des techniques nouvelles. L’amortissement est sur le long terme.

  6. Franck Debouté -  1 septembre 2008 19:43

    Très interessant ce sujet.

    Effectivement le concept maison passive prend en compte uniquement la consomation et donc l’emprise Co2. Pour autant, il serait dommage de ne pas aller plus loin en parlant des effets positifs ou non de certain matériaux sur la santé (grosse documentation exixtante auprès de l’OMS) directement sans même parler de leur repercution environementale. Une approche par rapport à la consomation de Co2 peut être celle de modifier quelques petites choses de son quotidien pour tomber sous les 15kwh/m2/an. Fait que nous avons personelement experimenté dans un logement de repondant pas aux normes passives. Aussi, l’écoconstruction passive est effectivement la démarche la plus positive. Je crois que avec quelques concessions, c’est réalisable, et à moindre coût.
    Dans la production de CO2, il faut aussi sans parler d’ecomatériaux, regarder à qui on achète nos matériaux; voir si les groupes ou entreprises productrices que l’on favorise par notre achat s’inscrive elles même dans la démarche de réduction de production de Co2.
    Encore une fois, les normes passives sont une excelente chose car elle apporte une credibilité technologique dont ont besoin beaucoup de personnes. Elle s’inscrit dans un ordre.
    Toutefois elle doit être soumise à la notion de démarche globale pour ne pas devenir qu’une « excuse ». Construire passif oui mais pas pour la prouesse technique, et construire passif oui mais pour l’écologie.
    En tout cas bravo pour ce sujet car je vois tellement regulièrement l’amalgame maison passive, bioclimatique, et ecoconstruite.
    Franck Debouté – architecte

  7. Pascal -  2 septembre 2008 0:35

    Frank,

    Je serais bien d’accord avec vous si le monde n’était pas ce qu’il est. Mais, après lecture des publications du GIEC (ainsi en est-il du rapport de synthèse), je suis convaincu que le temps nous presse, en d’autres termes qu’il y a urgence, pour agir de manière globale très rapidement avec les moyens les plus efficaces.

    Comme semble l’indiquer plus haut Armand, je suis également convaincu qu’il faut ra-di-ca-le-ment modifier nos modes de vies dévoreurs d’énergie. A défaut, sans diminuer rapidement notre surconsommation d’énergie, toute entreprise de sauvegarde du milieu paraît désormais vaine.

    Le standard maison passive, libre et non-soumis à de quelconques brevets, donne de nouvelles perspectives pour l’habitat neuf, tant du côté des constructeurs qui, fort des exigences qu’il implique, pourront oeuvrer avec de nouvelles compétences (y compris dans l’ancien), que des habitants qui pourront intégrer dans leurs gestes quotidiens la lutte contre le gaspillage énergétique. Outre le très faible besoin de chauffage, l’habitat passif postule de recourir à des appareils électroménager de classe A, A+ ou A++, un éclairage économique (fluo compact ou leds), une alimentation du lave-vaisselle en eau-chaude, un choix parcimonieux quant aux autres appareils domestiques tels qu’écran de TV, ordinateurs …

    Reste bien évidemment, l’immense chantier de réhabilitation thermique du bâti existant. Il n’en sera que plus maîtrisé, même en basse consommation (env. 50 kWh/m²an) plutôt qu’en très basse consommation (habitat passif), si les techniques de l’habitat passif sont acquises.

    Enfin, la philosophie de l’habitat passif peut être un meilleur modèle de développement à offrir aux peuples désireux ou poussés au mode de vie occidental.

  8. Flandre -  13 décembre 2008 9:15

    Tout à fait d’accord avec vous.
    La construction de ma maison passive débute en janvier prochain dans le nord.
    Je compte bien ouvrir ma porte dès que possible aux personnes intéressées pour la promouvoir.
    A bientot.

  9. Marc -  17 novembre 2010 18:31

    Je suis fortement d’accord avec l’article, excepté sur un point : La durée de comparaison de 80 ans me semble trop élevé, généralement les bâtiments subissent une rénovation lourde bien avant cette durée. Bien sur on pourrait argumenter qu’une fois passif, il n’y aura plus besoin de rénover au niveau isolation puisqu’on ne pourra pas mieux faire. Mais cela n’était-il pas déjà ce qu’on pensait il y a 30 ans quand on mettait 8cm d’isolant en toiture ? Soyons modeste, nous ne bâtissons pas pour 80 ans, ceux qui nous suivent pourraient avoir envie ou besoin de rénover ce qui nous semblent parfait aujourd’hui, de la même manière que nous rénovons aujourd’hui ce qui faisait parfois la fierté de nos grands-parents.

    Pour info, en Belgique, la déduction fiscale pour habitation zéro-énergie ou énergie positive impose 1) d’être passif 2) de produire sur site de manière renouvelable au moins les 15 kWh/an nécessaire au chauffage. Ce n’est pas encore parfait (celui qui se chauffe avec un cogénérateur au colza atteint le critère sans critère sur l’huile de colza elle-même), mais cela évite au moins le non-sens du bâtiment énergivore blindé en moyen de production d’énergie.
    Ceci dit, ce n’est qu’un demi non-sens. Une entreprise qui couvre le toit de son hangar de capteur au point d’annuler sa consommation, c’est toujours ca de moins qu’il faut produire ailleurs. L’idéal me semble être de prendre en compte l’amortissement de la construction (isolant, capteur, …) sur la durée de vie de celle-ci. Là au moins, on pourra comparer qu’es-ce qui permet le gain « écologique » le plus rapide (parfois c’est plus rapide de mettre 100m2 de PV sur la toiture, plutôt que de remplacer celle-ci, surtout lorsque le bâtiment est utilisé)

  10. Guillaume -  2 novembre 2011 16:18

    Bonjour, peut etre je ne comprends pas tout a fait votre point de vue mais vous semblez opposer de fait une maison passive (ou en tout cas a faible consommation)et une eco-construction. je comprends pas pourquoi, il est tout a fait possible de construire une maison tres peu gourmande en energie et tres peu emettrice de CO2 tout en impliquant des principes d’architecture bio-climatique qui prône justement l’utilisation de materiaux sains pour y arriver, certes c’est plus couteux, mais il me semble que le calcul reste avantageux

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